Titre : Carbone & Silicium
Auteur : Mathieu Bablet
Éditeur : Ankama
Nombre de pages : 272
Quatrième de couverture : 2046 Derniers nés des laboratoires Tomorrow Foundation, Carbone et Silicium sont les prototypes d’une nouvelle génération de robots destinés à prendre soin de la population humaine vieillissante. Élevés dans un cocon protecteur, avides de découvrir le monde extérieur, c’est lors d’une tentative d’évasion qu’ils finiront par être séparés. Ils mènent alors chacun leurs propres expériences et luttent, pendant plusieurs siècles, afin de trouver leur place sur une planète à bout de souffle où les catastrophes climatiques et les bouleversements politiques et humains se succèdent.
J’ai découvert cette bande-dessinée lorsque je cherchais un livre sur l’intelligence artificielle pour un cadeau et celui-ci faisait partie des options. Je ne l’ai pas oublié et je l’ai donc emprunté à la médiathèque dès qu’il a été disponible.
Carbone et Silicium sont deux IA à qui on a transféré énormément de données, mais surtout des données émotionnelles. Ce sont les premières. Les investisseurs décident que pour le bien de leur porte-monnaie, on doit inclure dans leur système une obsolescence programmée de 5 ans, les scientifiques qui les ont créés ne sont pas d’accord et obtiennent une durée de 15 ans. Carbone et Silicium, ayant accès à tout le réseau informatique, ont espionné et assisté à la réunion, vous imaginez les dégâts pour des êtres doués de raisons et d’émotions ?
On leur crée un corps qui ressemble à celui des humains, on les enferme pendant des années avec pour seule fenêtre ouverte la télé. Aux bout de nombreuses années (je crois pas loin de 10 ans), ils sont autorisés à aller visiter l’Inde sous étroite surveillance. Ils tentent alors de s’enfuir. Silicium y parvient, mais pas Carbone.
Les dernières années de cette dernière sont compliquées et peu avant d’arriver à la fin de sa vie, Noriko sa conceptrice sauvegarde la mémoire de Carbone et l’envoie sur le réseau afin qu’elle puisse renaître dans un nouveau corps. Ça se reproduit tous les 15 ans, ainsi, on parcourt avec elle les décennies.
C’est une lecture assez dure dans l’ensemble qui aborde bon nombre de questions humanistes. Est-ce qu’à partir du moment où les robots ressentent des émotions ? Est-ce qu’ils continuent à n’être qu’une imitation des humains ? Ou ont-ils développé une intelligence émotionnelle réelle ? Ont-ils des droits ?
On retrouve également une critique de la société capitaliste : avec l’absurdité qu’elle engendre que ce soit l’obsolescence programmée de créatures « émotionnelles » ou les règles dépassées et pourtant toujours appliquées, etc.
Les dessins sont bizarres, cependant, j’ai trouvé qu’ils avaient une vraie force. Les corps des personnages sont déformés, ce qui fait échos aux aberrations de ce monde et ça les rend tellement justes… le thème et les illustrations se marient parfaitement.
Les personnages sont attachants et j’ai aimé les suivre… même si leur souffrance était par moment insoutenable.
Je pourrais encore développer beaucoup de points, mais je vais m’arrêter là, j’ai dit l’essentiel. En conclusion, j’ai adoré cette lecture.