Étrange Enfance – Collectif

Titre : Étrange Enfance
Auteur : Collectif
Éditeur : Luciférines
Nombre de pages : 300
Quatrième de couverture : Avez-vous déjà souhaité que vos peluches prennent vie, connaître tous les secrets des tours du magicien et découvrir qui se cache derrière le sourire du clown, sans savoir que la réponse ne vous plairait peut-être pas ? Quand la peur se niche dans les codes de l’enfance, ce qui nous est le plus familier se fait menaçant et dangereux. Jouets inquiétants, poupées possédées, confiseries délétères, pantins maudits et lancinantes boîtes à musique peuplent un imaginaire en deux tons, qui mêle la candeur à l’horreur.

La première chose à noter sur ce livre est que la couverture est superbe, elle attire énormément le regard en salon. Elle est un brin dérangeante, ce qui nous plonge d’office dans l’ambiance.
C’est une anthologie de 15 nouvelles qui mettent en scène des peurs d’enfant. Chaque nouvelle est suivie d’un ou plusieurs articles (14 en tout) très complets et j’ai adoré leur sujet autant que la manière dont ils sont rédigés. Il y a également 13 illustrations afin de rendre cette ouvrage encore plus beau.

La nuit de l’enfant triste de Tepthida Haye : Delphine est baby-sitter. Elle passe la soirée chez les Delpierre à garder deux fillettes. Elle devait passer une soirée tranquille, mais ce n’est pas le cas… entre un effrayant vieux cheval à bascule et des amis imaginaires, l’angoisse est au rendez-vous.
Une première nouvelle qui nous plonge directement dans l’ambiance de cette anthologie. Une héroïne sympathique et malgré la peur réfléchit… avec une fin qui m’a laissée sans voix.
Le coffre aux rebuts de Mello Von Mobius : Tom est balloté entre ses deux parents, et suit une psy. Au cours d’une nuit passée chez son père, on découvre la raison de son mal-être et cela empire lorsque ses jouets s’animent.
Une nouvelle assez courte, la plume de l’autrice est efficace et fait son petit effet.
Törk de Aaron Judas : le narrateur est décédé. On lui offre la possibilité de revenir pour faire le bien et il se réincarne dans le jouet d’un barbare Törk. Il est acheté pour l’anniversaire d’un gamin et on sent bien dès le début qu’il va en baver.
Beaucoup de surprises dans cette nouvelle, ça m’a éclatée. Des références aux jouets des années 80, notamment Musclor et ça m’a clairement parlé et fait sourire. Le récit est coupé par des titres de musique et ça peut être sympa de les écouter tout en avançant dans la lecture.
Un ballon bleu de Cécile Klein : l’autrice nous propose une balade à travers une fête foraine jusqu’à ce qu’on s’arrête sur un groupe d’adolescents.
Le style de la nouvelle est assez particulier : l’autrice s’adresse directement au lecteur comme si c’était l’interlocuteur de ce récit, avec pas mal de questions directes. C’était déroutant, mais pas forcément désagréable.
Brahm’s Lullaby de Tom Newry : la grand-mère d’Antoine a fait réparer une vieille boîte à musique et l’offre à son petit-fils pour son sixième anniversaire comme il est de coutume dans la famille. Au bout de quelques temps, l’enfant est pris d’insomnies, seule la mélodie de la boîte à musique réussit à l’endormir, malheureusement chaque fois qu’il l’utilise, un drame se produit.
C’est une histoire très complète, un sentiment renforcé par le fait qu’elle se déroule sur un temps plus ou moins long et qu’à la fin de cette lecture, toutes les questions que j’ai pu me poser avaient trouvé une réponse, ce qui est bien agréable.
Gummy Fear de Gaëtan Rhéal : un groupe de cinq adolescents se regroupent chez l’un d’eux, Goummie, pour réviser. La petite sœur de cette dernière veut entrer dans la chambre. Pour s’en débarrasser, le groupe lui fait une mauvaise blague. Le lendemain, la petite offre à sa frangine un paquet d’ours en gelée et tout au long de la journée, ses amis souffrent.
J’avoue que je ne pleurerai pas sur le sort des cinq ados, ils sont horribles. La plume de l’auteur est plutôt orale, ce qui contraste fortement avec les nouvelles précédentes. À noter que ce n’est pas désagréable, juste déconcertant dans un premier temps.
Bébé le Grognon de Morwenna Le Bevillon : Mila, fillette de 4 ans, sort du grenier un vieux poupon sale, ce qui déplaît fortement à sa mère qui l’avait planqué là-haut.
Une nouvelle courte et un brin prévisible, mais rapide à lire et sympathique.
La Datcha d’Alexandra Fiordelli : la mère de Yevna et Esfir part habiter dans une datcha, le temps de la rénover. Là-bas, les deux filles trouvent une pièce secrète qui abrite une charmante chambre d’enfant. Yevna est attirée par une matriochka… seule. Où peuvent être les autres ?
Ce fut un plaisir de découvrir avec l’héroïne les matriochkas manquantes jusqu’à l’inespérée conclusion. Pendant tout le récit, je me suis demandée quel était l’élément surnaturel : la datcha ou les matriochkas ? Et si c’était les deux ? Ça m’a bien fait cogiter.
Souviens-toi cet été-là d’Éric Fresquet : le narrateur découvre que son amie d’enfance va épouser un acteur. Ça le ramène quelques années en arrière à une carte au trésor menant chacun des gosses de la bande à une boîte contenant une prédiction. C’est la seconde qui se réalise. Il n’en faut pas plus au narrateur pour se lancer sur la piste de sa boîte qu’il n’avait pas osé chercher à l’époque.
Un récit très différent des autres, moins angoissant et pourtant tout aussi prenant.
Le problème de Maxime Herbaut : Le narrateur tente d’aider son fils à résoudre son problème de maths sur des trains partant à telle heure, de tel point, à telle vitesse. En vain. Il décide alors de prendre le train et de trouver la solution de manière plus réelle.
J’avoue que je me suis retrouvée dans le personnage. Moi aussi en primaire, j’étais incapable de résoudre ce genre de problème et je rêvais souvent de pouvoir prendre le train afin de trouver la solution. Un petit retour en enfance qui fait du bien.
L’ami éphémère d’Annabelle Blangier : Billy n’a pas d’amis et ses camarades se moquent de lui. Il va donc faire sa tournée d’Halloween seul, mais au bout d’un moment, ça le lasse. Il préfère plutôt sortir le jouet en métal qu’il a trouvé au bord du lac afin de mieux l’observer. C’est alors qu’un garçon de son âge, portant un drap blanc en guise de déguisement lui adresse la parole.
Une bien triste histoire, que ce soit en raison du harcèlement subi par Billy ou du passé de Peter. Des personnages attachants de par leur vécu.
Un jouet en bois de Pierre Bruhlet : Émilie passe son temps seule avec son Pinocchio qui était le jouet préféré de sa sœur, décédée deux ans auparavant.
La nouvelle semble courte et il en ressort une ambiance assez malsaine au sein de cette famille, ce qui m’a mise mal à l’aise. J’ai compris assez rapidement ce qu’il se passait et les hypothèses sur le décès de la sœur étaient fondées.
Le rire de le sorcière de Morgane Scheinmeer : Zoé assiste à la veillée funèbre de sa tante, se rappelant les bons souvenirs et les jeux sous la pluie. Avant de rentrer chez elle, elle hérite d’une poupée de sorcière dont sa tante faisait collection. Depuis, ses nuits ne sont que cauchemars.
Ayant écrit cette nouvelle, je ne ferai aucun commentaire si ce n’est que j’ai pris beaucoup de plaisir à me remémorer la joie de jouer sous une pluie battante.
Une lueur dans le noir d’Anaïs Cros : en rentrant chez elle, Lucia trouve un carton devant chez elle. Quand elle l’ouvre, elle découvre ses anciens jouets qui lui rappellent de mauvais souvenirs, notamment ses crises de somnambulisme.
Une nouvelle rapide à lire qui nous plonge dans une nuit d’horreur. À ne pas lire la nuit.
L’envers du décor de Nolwenn Parmart : Marcel adore les cirques et les fêtes foraines. Il se glisse sous la tente du magicien Lalande pour assister à un spectacle qui le dérange sans qu’il sache pourquoi.
J’ai eu un peu de mal avec cette histoire, n’appréciant pas particulièrement les tours de prestidigitation.

Comme j’ai fait un point sur chaque nouvelle, je ne vais pas m’étendre davantage.
Je me suis volontiers laissé porter par la plume des auteurs, aussi différentes les unes que les autres. Pourtant, toutes s’accordent et s’articulent parfaitement. Plusieurs m’ont parlé.
Je l’ai lu en trois jours seulement, tellement c’était prenant. Bref, c’est un coup de cœur pour cette lecture.

Automne douceur de vivre
Il n’y a jamais trop d’épices dans ma pumpkin pie ! (enfance, plaisir non coupable)

Aux douze coups de minuit… – Emmanuel Delporte

Titre : Aux douze coups de minuit…
Auteur : Emmanuel Delporte
Éditeur : Otherlands
Nombre de pages : 176
Quatrième de couverture : Aux douze coups de minuit… les enfants dorment. La lune éclaire le pays des ombres et la mort rôde. Monstres évanescents, croque-mitaines, spectres égarés errent dans les contrées des rêves, prêts à tailler en pièces les voyageurs imprudents et à s’abreuver au comptoir de leurs âmes.
En 12 textes, Emmanuel Delporte établit une cartographie du pays de l’horreur, empruntant les chemins du fantastique, de la science-fiction et du polar pour torturer ses personnages et secouer le lecteur. 12 récits imaginaires mais ancrés dans la réalité de vies fragiles, 12 coups de minuit au-delà desquels il traque les démons tapis dans les sombres recoins des maisons humaines.
La devise de Stephen King n’a jamais semblé si vraie : Les monstres existent.
Mais aux douze coups de minuit, ils étalent un reflet terrifiant sur les miroirs brisés : le nôtre.

C’est un recueil de douze nouvelles, comme quoi le titre porte bien son nom.

la cave : le narrateur est enfermé dans une cave, il nous raconte ce qu’est ce lieu pour lui et ce qui l’a conduit là.
Une première nouvelle assez courte qui nous plonge dès le début dans l’ambiance de ce recueil, avec une chute surprenante.
la chance des uns : le narrateur est parqué dans une espèce d’enclos bétonné avec d’autres de ses congénères. Tous ne rêvent que d’une chose, avoir la chance de quitter les lieux en franchissant la grande porte, tous sauf le héros de cette nouvelle.
J’ai bien aimé cette histoire. Je l’ai trouvé intéressante, me demandant tout du long si c’était bien des humains ou des animaux ? La conclusion n’est pas étonnante, dès le début j’ai bien senti ce qui allait arriver.
les reflets brisés : une maison abandonnée portant le nom de la verrue, deux fillettes qui jouent à se faire peur et qui se mettent au défi d’y entrer.
Un récit assez typique des maisons lugubres où se passent des événements étranges. Pourtant, l’intérieur de la bicoque est loin d’être classique.
le portrait : elle est partie, il se retrouve seul avec pour seule compagnie son portrait à elle.
De toutes les nouvelles, c’est celle que j’ai le moins aimée.
baby sisters : Naylis est une élève exemplaire qui fait de baby sitting. Le soir où elle travaille chez les Decatur, elle dévoile au lecteur qu’elle est loin de l’image qu’elle donne à tout le monde.
On se doute assez rapidement que ça va mal se terminer, la famille est étrange : les parents sont bien trop calmes pour une première garde, les enfants dorment déjà mais ça a quelque chose d’inquiétant toute cette quiétude.
Une fois de plus, la conclusion est surprenante.
de vieux souvenirs : le narrateur et son fils s’installe dans une nouvelle maison pour se reconstruire après le décès de la mère. Tout se passe bien jusqu’à ce qu’il découvre le laboratoire du précédent propriétaire, disparu sans laisser de trace. La pièce est transformée en laboratoire photo pour le fils.
diplopie : la voiture de Franck Rice tombe en panne alors qu’il doit aller chercher ses enfants pour le week-end. C’est tendu entre les trois et au fil des pages, la situation nous est expliquée.
Le personnage est vraiment glauque. J’ai trouvé le récit un peu long, pourtant il n’aurait pas pu être plus court. Je pense que j’ai eu cette sensation parce que j’ai dû m’arrêter plusieurs fois au cours de la nouvelle, pas parce que j’avais des obligations, mais parce que je ne pouvais pas continuer – un gros malaise dans cette histoire.
l’impasse : Yann Roig travaille beaucoup. Alors qu’il avait décidé de rentrer tôt, un client lui demande d’intervenir chez lui. Ne pouvant pas lui dire non, notre héros prend la route… une route qui n’en finit pas, jusqu’à ce que…
Tout en conduisant, Yann réfléchit à sa vie. Y a des pensées qui se répètent et ça m’a fait buguer. Je crois que une des rares nouvelles où la chute était prévisible.
amnésie : on a droit à une chronique d’Ezequiel Derleth, chasseur de monstre. Il nous conte l’histoire d’Aléna Sybaris.
J’ai détesté la nana, c’est vraiment une connasse finie, malgré ça, j’ai apprécié le récit. J’aurais d’ailleurs préféré qu’il soit plus long, ça aurait presque mérité un début de saga.
NRBC : on a droit au journal d’une petite vie qui refuse de parler, donc elle écrit ses pensées sur une tablette. On découvre son monde à travers ses yeux.
Le style d’écriture est très enfantin, mais ça a le mérite d’être efficace. La fin était courue d’avance.
les larmes amères : le professeur Milton gère un laboratoire dont le seul but est de faire des bénéfices. Lorsque sa collègue se permet de changer les données, il se fâche. Sauf que ces changements vont lui permettre d’être encore plus productif, mais à quel prix ?
J’ai bien aimé la ligne narrative de cette nouvelle : le fait de suivre dans chaque chapitre un personnage différent, mais au final tous liés.
un jeu dangereux : Lucie quitte le domicile familial pour rejoindre son petit copain William. Pour se déplacer, elle fait de l’autostop… ça la titille de lancer le jeu inventé par son amoureux.
J’ai bien aimé, j’aurais préféré avoir plus tôt les règles du fameux jeu, mais c’était l’occasion d’imaginer plein de versions différentes à partir des rares indices donnés.

Les histoires prennent toutes des tournures inattendues : on sait que ça va forcément mal se terminer, mais je n’ai pas réussi à anticiper toutes les conclusions qui sont pour le moins originales, pourtant même les fins prévisibles étaient intéressantes.
J’ai bien aimé ce recueil, ça s’est lu tout seul.

Automne de l’étrange
“In the dark I hear a call” ( obscurité, mauvaise influence)

Coupe des 4 maisons :
Nox (2ème année) – un livre avec une couverture sombre20 points

Belle époque – Collectif

Titre : Belle époque
Auteur : Collectif
Éditeur : Editions Luciférines
Nombre de pages : 330
Quatrième de couverture : Heure verte de l’absinthe, exhibitions de freaks, fumeries d’opium, Expositions universelles, cabaret du Moulin-Rouge : un monde nouveau prend son envol à partir des années 1870. Période de paix et de découverte, la Belle Époque est marquée par l’émergence d’une classe populaire citadine, avide de plaisirs et de spectacles. Les évolutions technologiques donnent l’impression d’un champ de possibles illimités. On se passionne pour la science, l’anthropologie, la psychiatrie, mais aussi l’occultisme et le spiritisme.
16 nouvelles accompagnées de documentaires historiques illustrés vous proposent un retour au temps de l’esthétique fin-de-siècle. Marchez sur les traces de Sarah Bernhardt, Mata Hari, Baudelaire, Maupassant ou Barbey d’Aurevilly. Offrez-vous une visite guidée à Paris quelques 150 ans plus tôt dans de véritables décors impressionnistes : Quartier latin en pleine ébullition, Chat noir de Montmartre où les auteurs décadents clament leurs vers les plus audacieux, foires et goguettes en bord de Seine,…
Entre Histoire et littérature, articles de société et portraits d’auteurs, l’anthologie Belle Époque rend hommage à 40 décennies riches en créativité, apogée d’un style à la française qui a influencé le monde entier.

Ça fait un moment que je voulais lire cette œuvre, j’avais prévu de le lire dans l’année, mais j’ai précipité les choses pour l’un de mes challenges et j’en suis ravie.
En écrivant cette chronique, je me suis rendue compte que cette anthologie suivait un “ordre thématique” précis et que chaque nouvelle amenait au prochain sujet donc à l’histoire suivante. Et c’est fort.

On commence doucement en introduisant deux figures emblématiques de la Belle Époque : Baudelaire, Gautier, les dernières correspondances de Delphine Schmitz qui nous mette dans l’ambiance artistique typique de cette période, avec les dérives et les illusions qui l’accompagnent.
C’était intéressant de découvrir le lien entre les deux et surtout un pan de vie de l’auteur des Fleurs du mal, mais j’ai eu un peu de mal à entrer dans le récit.

La Belle Époque est une période d’insouciance, mais également de progrès, qui s’étend de 1871 à 1914, en France et dont Paris en est le symbole, notamment avec ses expositions universelles, une ambiance festive voire frivole comme dans Brume de guerre de Philippe-Aurèle Leroux où même si l’un des héros morfle, on a bien ressenti l’atmosphère un peu bohème entre les flâneries sur le Trocadéro et la fumerie d’opium dans le fameux éléphant du Moulin Rouge. J’ai adoré cette nouvelle.

Cette époque est également connue pour ses addictions à l’absinthe ou à des drogues, certaines plus exotiques que d’autres (pavot, opium, éther). Plusieurs nouvelles en font mention ou traitent du sujet et de la folie que cela entraîne. Dans Une mèche de cendre de Chris Vilhelm, on quitte Paris pour un manoir à flanc de falaise où le héros passe une nuit effrayante après avoir siroté la moitié de la carafe d’absinthe. Était-ce vraiment un rêve ? L’ambiance changeait des nouvelles précédentes, pour une atmosphère plus sombre, c’était sympa et dépaysant.

Avec Même si nos peurs ne meurent jamais de Nepenth S., le sujet sous-jacent est la folie. Deux orphelins se lient d’amitié, un lien les unit : leurs pères étaient fous. C’était original : une nouvelle à deux voix. L’auteur Népenth S. s’est inspirée de deux nouvelles de Catulle Mendès pour mettre en scène la démence des deux paternels, l’un chapelier, l’autre possédé par un démon. J’ai adoré, ça s’est lu super vite et c’était aussi surprenant (surtout pour la chute) que plaisant.

On quitte la psychiatrie pour la médecine dans La Fée Mutilée d’Alexandra Fiordelli où le héros se passionne pour les cadavres. Il cherche sa place jusqu’à ce qu’il la trouve en assistant à une foire aux monstres où il se fascine pour la Fée Mutilée.
L’atmosphère est sombre et dérangeante avec un narrateur glauque à souhait. Je sais que j’ai aimé cette histoire, néanmoins j’étais incapable de transmettre mon ressenti, mais après une pause de plusieurs heures, je peux : c’est un récit entêtant qui se marie parfaitement à une ambiance freaks show que j’ai adoré.

On continue à découvrir le monde des monstres de foire avec Ma belle époque d’Alex Mauri où la femme à barbe, Louise, écrit à ses parents qui l’ont jetée dehors et leur raconte la manière dont elle a réussi à s’en sortir. Un récit court mais rendu intéressant par la sordide expérience du personnage principal.

C’est donc tout naturellement qu’on passe de la fascination qu’exercent la Fée Mutilée et la femme à barbe à l’envoûtement que provoque la grande Sarah Bernhardt dans L’Ombre de soi-même de L. Azarii. On la découvre sur la fin de sa vie… à moins que ce ne soit le moment où elle perd sa jambe… hantée par les rôles qu’elle a joués.
Ne connaissant rien à cette actrice célèbre, à part les nombreux titres qu’on lui a donnés au fil de sa carrière, je suis complètement passée à côté de cette nouvelle. Je n’ai eu aucun mal à comprendre le gros de l’histoire, mais je n’ai pas accroché au personnage principal que j’ai trouvé hautaine. J’aurais mieux fait de lire l’article qui suit en premier, ça m’aurait éclairé sur certains détails, notamment les relations entre les personnages ou sur l’état de santé de Sarah.

On poursuit notre lecture toujours avec cette fascination des femmes, cette fois, c’est La Danseuse rouge de Caroline Blineau. Le personnage principal est obsédé par cette danseuse exotique. Tout le début, on ignore si elle existe réellement jusqu’à ce qu’il ait un geste déplacé et tout devient soudain réel.
Une nouvelle entre rêve et réalité qui m’a fait hésiter sur le la santé mentale du personnage. C’était bien joué.

L’œil du photographe de Tepthida Haye nous propulse aux côtés d’un journaliste, Edmond, qui mène une enquête sur un mystérieux photographe Théophile Delfosse dont les cartes postales et surtout son modèle Arabelle crée un engouement en France et dans toute l’Europe .
C’est une nouvelle fantastique, on sent tout du long le mystère qui plane autour des personnages. J’ai adoré l’ambiance sombre et angoissante qui se dégage au sein du domaine de Delfosse.

Dans la même veine surnaturelle, la nouvelle Nuit de Aaron Judas avec comme objet transitionnel l’appareil photo. Mais cette fois, celui qui le manie est un spirite… le célèbre Allan Kardec dont les derniers jours de vie sont retranscrits par son élève.
Toute l’originalité de ce récit tient à sa forme : le journal. Ce format nous permet de plonger directement dans l’occulte puisque le héros sait ce qu’il fait et nous en fait part, mais son assurance nous empêche de ressentir l’angoisse qu’est censée provoquer une nuit dans une crypte. Dommage.

Pour Esprit es-tu là ?  d’Andréa Deslacs et Catherine Loiseau ai-je vraiment besoin d’en préciser le thème ? Une séance de spiritisme dans la société mondaine. La domestique Léa a hérité des pouvoirs occultes de sa grand-mère. Saura-t-elle démêler la vérité lors de cette réunion ?
En ce qui me concerne, je n’ai eu aucun doute sur ce qui se passe. J’ai particulièrement aimé ce récit dès le moment où Léa suit Blaise et ce qu’elle découvre.

Les cinq dernières nouvelles de cette anthologie sont des réécritures de textes fantastiques dans un contexte contemporain. Je suis assez partagée quant à ces nouvelles, certaines m’ont plu, d’autres moins.

La première, Béance de Mahaut Davenel, nous narre les débuts de deux vampires… en tout cas, j’ai eu l’impression que Raphaël ne l’était pas depuis longtemps et que Nafalia était encore plus jeune quand il la trouve.
J’ai beaucoup aimé l’ambiance qui se dégage de ce texte, l’utilisation des masques m’a bien plu, mais ce n’était pas assez présent pour être prégnant à mon goût.

Dans Les Yeux des serpents de Cyril Fabre, le narrateur est pourchassé par des créanciers. Il finit par se cacher dans le sud de la France et se fait embaucher comme chauffeur par un comte.
Le récit est raconté de façon crue, et très orale. Le ton était un peu perturbant au milieu de cette anthologie, moins soutenu.

Avec Accord triton sur ma sensibilité de Nolwenn Pamart, on découvre René et Lydie, deux colocataires. Le premier jette un regard extérieur sur son amie et les relations sans lendemain qu’elle enchaîne et la seconde nous présente sa vision jusqu’au soir de trop où elle rencontre Merméros le triton.
Le début m’a laissé indifférente. J’ai surtout aimé la fin et le conclusion qui en résulte : ses expériences l’ont façonnée et ça lui convient.

J’ai été agréablement surprise par la nouvelle Ses mains de Florence Barrier, pas par l’histoire en elle-même où il ne se passe pas grand-chose au final : une femme d’affaire d’une quarantaine d’années fait le triste constat qu’elle vieillit : cheveux blancs, pattes d’oie, etc. Elle décide de passer chez le coiffeur avant une réunion importante, et découvre le bien-être que procure un bon massage du cuir chevelu. En chinant, elle est attirée par une main en guise de décoration. Ce qui m’a tellement plu dans ce texte, ce sont les descriptions. L’autrice prend le temps et on ressent le poids des années qui pèse aussi bien sur la narratrice que sur nous, lecteurs. J’ai adoré ce transfert de sensation.

La Licorne borgne de Guillaume Lemaître est le nom donné à une drogue aux conséquences désastreuses, surtout sur les fœtus. C’est la raison pour laquelle Aliénor et Pacôme se rendent en Inde, dans une clinique, afin de choisir une mère porteuse.
La nouvelle est courte, mais sacrément efficace. Ça m’a glacée et j’ai adoré.

Avec cette anthologie, je m’attendais à une lecture moins abordable en raison du thème. J’ai été agréablement surprise. J’ai aimé toutes les nouvelles, mais ce sont surtout les articles qui m’ont enthousiasmée : ils sont super pointus. Je connaissais certains faits, certaines coutumes de la Belle Époque, mais j’en ai découvert d’autres et cela a éclairé ma lecture.

Coupe des 4 maisons :
Vif d’or (6ème année – semaine compte double du 11 au 17 avril 2022) – un livre dont le titre est en dorure 120 points

ABC 2022 – Lettre X (Collectif)

À bicyclette – Tong Su

Titre : À bicyclette
Auteur : Tong Su
Éditeur : Philippe Picquier
Nombre de pages : 142
Quatrième de couverture : «Enfourchant ma toute première bicyclette, je quittai l’entrepôt. Le soleil automnal déversait sa chaleur sur les rues de Nankin, toujours aussi brûlant, mon coeur brûlait aussi car je savais qu’à partir de ce jour-là, ma vie allait changer. Maintenant que j’avais une bicyclette entre les mains, il me semblait entendre le signal d’un départ vers une nouvelle vie, et ce départ, il fallait à tout prix que je le prenne.»

Je ne sais pas trop par où commencer, en tout cas, je peux affirmer qu’il me sera impossible de résumer cette lecture.

C’est un recueil de nouvelles : l’auteur nous partage certains souvenirs de son enfance dans la Chine des années 70… à plus ou moins dix ans, certains récits se passent un peu avant, d’autres après.
C’est un peu fouillis, c’est d’ailleurs l’impression que ça m’a donné, du moins pour les nouvelles les plus longues. Ça part dans tous les sens, pouf un mot et l’auteur passe du coq à l’âne. Ça arrivait souvent au moment je parvenais enfin à m’imprégner de l’anecdote dont il nous faisait part : c’était très désagréable, ça coupait brutalement.

J’ai beaucoup apprécié tous les passages qui relatent la vie quotidienne des personnages, c’était beaucoup plus parlant et représentatif de la Chine de l’époque que toutes les réflexions brouillonnes dont nous fait part l’auteur.
J’ai également aimé les nouvelles les plus courtes : celles qui font trois pages parce que Su Tong n’a pas le temps de faire de digressions, donc il reste dans le sujet annoncé par le titre.

Je ne vais pas m’attarder longtemps sur cette chronique : je me suis mortellement ennuyée. Je m’endormais au bout de deux paragraphes lorsque je lisais le soir… et honnêtement, mettre trois jours pour lire 140 pages, ça m’a paru une éternité.
Bref, j’ai détesté cette lecture et je suis contente que ce soit terminé.

Coupe des 4 maisons :
Mucus de Véracrasse (potion de longue décoction) – lire un livre impopulaire (moins de 14/20 sur Livraddict)??? points

Belladonna – Cécile Guillot

Titre : Belladonna
Auteur : Cécile Guillot
Éditeur : Editions du Petit Caveau
Format : E-book
Nombre de pages : 236
Quatrième de couverture : Fleurs aux senteurs enivrantes et baies charnues à la drupe colorée; autant de promesses d un plaisir sucré ou acidulé estompent la menace d’un poison pourtant parfois bien réel. Telles sont les histoires que renferme ce recueil, déposant sur vos esprits, avec une innocence suspecte, leur poésie vénéneuse. Des héroïnes fragiles au destin immuable et des créatures encore plus torturées que leurs proies composent le monde mélancolique de Cécile Guillot.
Belladona vous invite à le découvrir à travers le prisme de ses belles dames et de leur venin tantôt hypnotique, tantôt mortel.

Je ne sais vraiment pas ce que je vais pouvoir dire de cette lecture… je vais déjà commencé par préciser que je n’ai pas eu beaucoup de temps à lui consacrer, difficilement plus d’un chapitre par jour donc ça n’a pas aidé à me plonger dedans.
C’est un recueil de 23 nouvelles.
J’avais prévu de prendre chaque nouvelle, d’en faire un résumé et c’est d’ailleurs ce que j’avais commencé à faire, mais je me suis rapidement rendu compte que je n’avais pas grand chose à dire ou alors tout le temps la même chose. Donc je vais plutôt donner mon avis sur chacune des trois parties, ce sera plus simple, moins long et moins laborieux.

La première porte le nom de “à l’ombre des pleurs” et regroupe 10 nouvelles. Je n’ai pas accroché à cette partie.
J’ai trouvé les textes trop courts (Roadways, l’appel du loup) pour beaucoup et certains superficiels (la fille aux barbelés). La plus longue est la première nouvelle (De larmes et de sang) qui est divisée en 18 chapitres, donc l’histoire est assez complète, mais pas autant que Cœur de cristal que j’ai adoré.
Une autre histoire est tout aussi complète (nuit d’obsidienne à Montego Bay), mais je l’ai trouvée un peu longue, sûrement parce que l’ambiance était plus estivale que pour les autres et pour moi, octobre ne se prête pas trop pour ça.
Les nouvelles de cette partie ont toutes un point commun : elles se terminent mal, sauf la dernière (Liberame) et j’ai trouvé les chutes prévisibles (sauf pour dans la chambre d’enfant qui m’a malheureusement laissée indifférente). Parfois, ça m’a un peu saoulée de connaître la fin à l’avance (Memento) et d’autres fois, je me suis laissé porter par le récit pour apprécier le cheminement des personnages (Une petite fille si attentionnée).
Dans l’ensemble, j’ai trouvé cette première partie assez moyenne, la suivante était beaucoup mieux.

La seconde s’intitule “là où s’elevent les sorcières” et comporte 7 nouvelles dont les titres sont des prénoms, celui du personnage principal.
Les récits nous font voyager à travers le monde et les époques : l’Égypte de l’Antiquité, Salel de 1692, Angleterre victorienne, Roumanie, États-Unis, Halloween en France et Jamaïque.
On y découvre différentes façons de pratiquer la sorcellerie : prêtresse, guérisseuse, préparatrice de potions, voyante, chaman, rituel du Samhain et de la Toussaint, vaudou.
J’ai adoré cette seconde partie. Je n’ai eu aucun mal à m’attacher aux personnages, j’ai aimé leur façon de penser et d’être… peut-être moins pour Jahlia que les autres.
Ça m’a tellement plus que j’ai lu les 7 nouvelles assez vite (quelques heures) malgré mon emploi du temps chargé.

La troisième “bonus” nous propse 4 histoires avec des titres en langue étrangère, sauf le premier (la dame de Caislean Na Mists).
On commence et on termine cette partie avec des récits “médiévaux”, pas tout à fait, mais c’est l’ambiance générale qui en ressort et j’ai adoré ça.
Les deux histoires du milieu sont contemporaines :
– l’une sur le jour des morts au Mexique. J’ai beaucoup aimé ce que j’ai découvert sur le sujet, j’en connaissais une partie, mais pas tout et sûrement pas les différents au-delà.
– l’autre sur la musique et surtout le métal féminin. J’ai apprécié les références dont l’auteure se sert (Nightwish, Within Temptation, Épica…)
En tout cas, tous ont un fort côté féministe – c’est d’ailleurs un peu le cas de chacune des nouvelles de ce recueil, mais dans cette partie, ça se ressent davantage.

En conclusion, la première partie qui couvre la moitié du recueil a été laborieuse. La suite était indéniablement mieux.
Au final, ce fut une bonne lecture… sans plus.

 

Coupe des 4 maisons :
Queudver (5ème année) – un livre avec une trahison dans l’histoire50 points