Kinderzimmer – Valentine Goby

Titre: Kinderzimmer
Auteur: Valentine Goby
Éditeur: Actes Sud
Format: Ebook
Nombre de pages: 224
Quatrième de couverture“Je vais te faire embaucher au Betrieb. La couture, c’est mieux pour toi. Le rythme est soutenu mais tu es assise. D’accord ?
– Je ne sais pas.
– Si tu dis oui c’est notre enfant. Le tien et le mien. Et je te laisserai pas.
Mila se retourne :
– Pourquoi tu fais ça ? Qu’est-ce que tu veux ?
– La même chose que toi. Une raison de vivre.”
En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille femmes. Sur ce lieu de destruction se trouve comme une anomalie, une impossibilité : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Dans cet effroyable présent une jeune femme survit, elle donne la vie, la perpétue malgré tout.
Un roman virtuose écrit dans un présent permanent, quand l’Histoire n’a pas encore eu lieu, et qui rend compte du poids de l’ignorance dans nos trajectoires individuelles.

Ce livre m’avait été conseillé par une amie il y a un sacré bout de temps et jusqu’à présent, l’occasion de le lire ne s’était pas présentée.
Lorsque, le 11 novembre, le groupe de lecture Coupe des 4 maisons avait proposé un item éphémère dont le thème était la guerre, je n’ai pas hésité une seconde à le sortir de ma PàL. Et je suis ravie de m’être lancée dans cette lecture.

La teneur du roman en étant les camps de concentration lors de la seconde guerre mondiale, on ne peut pas dire que ce fut une aventure agréable : ce fut aussi éprouvant que révoltant.
On suit Mila, déportée politique, depuis son entrée dans le camp de travail de Ravensbrück et ce, jusqu’à la fin de la guerre, cela représente un peu moins d’une année mais ce n’en est pas moins effroyable et c’est un miracle qu’elle ait réussi à survivre quand tant d’autres succombent de la faim ou de la maladie, entre autre. A son arrivée, elle est enceinte, elle le cache de peur d’être envoyée à l’infirmerie pour ne jamais revenir comme bon nombre de détenues, parce que les prisonnières parlent entre elles et mettent le doigt sur des disparitions qui coïncident avec certains faits, ce qui, heureusement, dans le but de minimiser un tout petit peu les pertes.
Forcément, vu le temps que Mila passe dans le camp, elle finit par accoucher et nous découvrons un peu plus l’horreur de ces nourrissons qui survivent au mieux dans des conditions plus que déplorables.

C’est un roman peuplé de personnages attachants et de descriptions à fendre le cœur. C’est une lecture passionnante, difficile à arrêter tant elle est prenante, pourtant, parfois, l’ignominie dépeinte était tellement abjecte que j’ai ressenti le besoin de faire des pauses pour pouvoir respirer un peu.
J’ai adoré cette lecture : le style de l’auteure est fluide et addictif. Le thème est rude mais intéressant. L’ambiance est entêtante et rien que d’en parler, j’ai la sensation de me retrouver à nouveau auprès de Mila.

Challenge Coupe des 4 maisons :
Item éphémère : Poudre d’obscurité – un livre dans lequel la guerre est le thème principal, une guerre qui a réellement eu lieu (Item éphémère – du 11 au 18 novembre 2017 – 150 points

Et je danse, aussi – Anne-Laure Bondoux & Jean-Claude Mourlevat

Titre: Et je danse, aussi
Auteur: Anne-Laure Bondoux & Jean-Claude Mourlevat
Éditeur: POCKET
Nombre de pages: 311
Quatrième de couvertureLa vie nous rattrape souvent au moment où l’on s’y attend le moins. Pour Pierre-Marie, romancier à succès (mais qui n’écrit plus), la surprise arrive par la poste, sous la forme d’un mystérieux paquet expédié par une lectrice. Mais pas n’importe quelle lectrice ! Adeline Parmelan, « grande, grosse, brune », pourrait devenir son cauchemar… Au lieu de quoi, ils deviennent peu à peu indispensables l’un à l’autre. Jusqu’au moment où le paquet révèlera son contenu, et ses secrets… Ce livre va vous donner envie de chanter, d’écrire des mails à vos amis, de boire du schnaps et des tisanes, de faire le ménage dans votre vie, de pleurer, de rire, de croire aux fantômes, d’écouter le Jeu des Mille Euros, de courir après des poussins perdus, de pédaler en bord de mer ou de refaire votre terrasse. Ce livre va vous donner envie d’aimer. Et de danser, aussi !

En commençant cette lecture, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. J’ai vu passer pas mal de chroniques positives mais comme souvent, j’avais décidé de ne pas m’y fier. La
raison qui m’a poussée à le lire, c’est qu’il avait été proposé dans la valise du lecteur
dont je fais partie et comme aucune lecture ne m’attirait ces dernières semaines, je me suis laissé tenter.

Dans un premier temps, les premières pages ne m’ont absolument pas convaincue ; je pensais que je m’ennuierais.
C’est un roman épistolaire : Adeline Parmelan écrit à Pierre-Marie Soto, célèbre
écrivain en manque d’inspiration. Elle lui a envoyé une enveloppe qu’il refuse d’ouvrir
puis il tente de mettre un terme à cette nouvelle correspondance dont il ne veut pas.
On se doute bien et rapidement qu’il n’y parviendra pas sinon, le livre n’aurait pas de
raison d’être.
Mais très vite, je me suis laissé prendre au jeu tout comme le héros, pas de
l’enveloppe mystère, je trouvais cela trop bateau pour me laisser piéger par un tel
appât, mais plutôt des bribes de vie qu’ils échangent.
Et le gros plus, c’est leur style d’écriture, très frais avec un côté mêlant aussi bien
plaisanterie qu’ironie
. Ça me mettait de bonne humeur et me faisait sourire.
Mais pas que. L’envie d’en savoir plus était présente, de savoir qui était réellement
Adeline ou ce qui était arrivé à Vera, la femme de Pierre-Marie, etc. Énormément de
questions qui ne pouvaient pas rester sans réponses
.

J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir cette lecture, c’était aussi rapide que
plaisant, avec ce petit brin de mystère qui donne envie d’en savoir plus et qui,
suffisamment bien dosé, rend ce roman addictif.
Bref, j’ai adoré et je ne suis pas mécontente de l’avoir lu surtout dans cette période
consacrée davantage aux jeux vidéos qu’à la lecture.

Challenge Coupe des 4 maisons :
4ème année : Batteurs – un livre écrit à quatre mains – 40*2 = 80 points

Les délices de Tokyo – Durian Sukegawa

Titre: Les délices de Tokyo
Auteur: Durian Sukegawa
Éditeur: Albin Michel
Format: Ebook
Nombre de pages: 239
Quatrième de couverture« Écoutez la voix des haricots » : tel est le secret de Tokue, une vieille dame aux doigts mystérieusement déformés, pour réussir le an, la pâte de haricots rouges qui accompagne les dorayaki, des pâtisseries japonaises. Sentarô, qui a accepté d’embaucher Tokue dans son échoppe, voit sa clientèle doubler du jour au lendemain, conquise par ses talents de pâtissière. Mais la vieille dame cache un secret moins avouable et disparaît comme elle était apparue, laissant Sentarô interpréter à sa façon la leçon qu’elle lui a fait partager.

Ma panne de lecture ne passant pas et mon besoin de jouer étant encore extrêmement present, avancer dans ce roman m’a pris énormément de temps sachant que ce n’était absolument pas justifié parce qu’il est vraiment très très bien.

L’auteur a réussi à créer des personnages attachants. Ses protagonistes sont au nombre de trois : Sentarô le patron de la boutique de dorayakis, Tokue une vieille dame qui possède le talent de concocter une délicieuse pâte de haricot rouge et finit par travailler à l’échoppe  ainsi que Wakane une cliente, adolescente, moins présente que les autres mais tout aussi importante.
Ils sont d’âge différent, ont grandi à des époques différentes et dans des milieux différents ; pourtant, ils ont quelque chose qui les relit : chacun a eu un passé et un présent délicat qui les a marqués et tous se sentent prisonnier que ce soit au sein de leur famille, de la société qui les juge, etc.

Si on exclut les personnages, ce roman a bien d’autres points forts :
un récit intrigant dans un premier temps, on se pose énormément de question : d’abord qui est Tokue et qu’est-ce qui l’amène dans le coin? Pourquoi un tel intérêt pour Sentarô et la boutique de dorayakis ? Quelle maladie a bien pu causer de tels dégâts à ses doigts ? etc.
une histoire particulièrement entêtante, surtout dans la première moitié : on se laisse volontiers porter par l’ambiance si spéciale qu’instaure Tokue quand elle prépare la pâte de haricot rouge. Sa passion pour la cuisine est communicative et c’est un régal de sentir cela passer au travers de Sentarô raffermissant sa volonté de maintenir la boutique à flot, de parvenir à la hauteur du talent culinaire de son employée.
les leçons de vie prodiguées au fil des pages.

Seul bémol en ce qui me concerne : la fin. Je ne peux pas en parler ouvertement sans spoiler et le terme de “fin” est trop vague, donc disons la décision finale de Sentarô.

Bref, j’ai adoré cette lecture, j’ai vibré avec chacun des personnages, je me suis volontiers laissé emporter dans ce petit quartier de Tokyo. Maintenant, j’ai hâte de découvrir le film dont j’ai entendu énormément de bien.

Challenge LEAF Le Manège de PsylookChallenge LEAF : 26/50

Un impossible conte de fées – Yujoo Han

Titre: Un impossible conte de fées
Auteure: Yujoo Han
Éditeur: Decrescenzo
Nombre de pages: 260
Quatrième de couverture: Mia et La môme se côtoient sans se connaître. Elles sont camarades de classe. Mia possède tout ce qu’un enfant peut désirer dans la vie, sauf l’essentiel. Quant à La môme, elle n’a pas cette chance. Autant dire que les deux écolières n’ont en apparence aucun point commun. Pourtant, ce soir-là, un jeu innocent et cruel débute. C’est ce que La môme attendait…
Ce roman est un tour de force. En mettant en scène une gamine et son ombre, Han Yujoo rappelle, à nous adultes, combien l’enfance nous poursuit, sous une forme ou une autre, toute notre vie.

Cet impossible conte de fées, une fois ouvert, ne peut plus être lâché. Il convoque tous nos sens : la vue, l’ouïe, la parole, le toucher sont remis en cause dans leur efficacité à approcher la vraie vie. Et si la narratrice et l’auteure ne font qu’une, c’est pour mieux nous rappeler que notre vie est une éternelle enfance.

Je tiens tout d’abord à remercier Babelio  ainsi que les éditions Decrescenzo qui m’ont permis de découvrir cette lecture si particulière.

Mon choix s’était porté  sur ce roman notamment, en raison du résumé qui m’a interpellée et donnée grandement envie de voir ce que l’auteure nous réservait : comment pouvait-elle allier le fait que notre vie est une éternelle enfance avec le fameux jeu innocent et cruel qui débute ?
Je dois bien avouer que je n’ai pas la réponse. Tout au long de ma lecture, je me suis souvent demandée si la quatrième de couverture correspondait réellement à ce que je lisais et je l’ai relue à plusieurs reprises sans réussir à me faire une idée.
Je suis plutôt hétéroclite au niveau de mes lectures, même si j’ai une nette préférence pour ceux issus de l’imaginaire. J’ai souvent découvert des romans étranges mais aucun n’a été aussi déplaisant que celui-ci. Je pense que je suis malheureusement passée complètement à côté.

Comme dit dans le résumé, on suit deux personnages principaux, Mia et la môme – même si cette dernière prend rapidement de l’ampleur au point qu’on retient principalement sa présence à elle. Elle a un côté dérangeant pour une fillette : elle est discrète, effacée, limite invisible. Elle a l’air d’envier les autres mais rien n’est moins sûr. Elle fait des trucs bizarres, inutiles et ce, sans réelle raison. Je l’ai trouvée obsessionnellement parano et elle fait des trucs insensés pour justifier ses hantises. Ça, c’est pour la première partie.
Dans la seconde, on suit au début l’auteure qui a écrit la section précédente, d’abord à travers des rêves aussi étranges qu’intéressant, puis elle finit par avoir des hallucinations et parler à ses créations en justifiant notamment ses choix.

Alors raconté comme ça, ça me donnerait presque envie de le lire… presque.
Je pense que le style d’écriture de l’auteure est à l’origine des soucis que j’ai rencontrés.
Déjà, elle use et abuse des effets d’insistance en multipliant les répétitions. Ça passe de temps en temps, mais là, c’est constamment ; ça alourdit le récit et ça rend la lecture ennuyeuse et laborieuse.
De plus, on a droit à un certain nombre de passages très flous, principalement lors d’actions. Je me souviens d’une scène où une camarade de classe, Kim In-jung, suit la môme qui possède le double des clés de sa classe – détail hyper important dans le récit -, les deux finissent par rouler dans l’herbe sur la pelouse (on ne sait pas trop comment), avec un couteau (objet qui a également son importance) et ça finit avec du sang… J’ai relu le passage trois fois et pas moyen de savoir ce qu’il s’est passé – je subodore que la môme ait saigné du nez, uniquement parce que ses nombreux saignements sont évoqués dans la seconde partie. Bref, tout au long du roman, on trouve un paquet de passages du genre… c’est exaspérant et ça m’énerve, ça rend une fois de plus la lecture laborieuse…
Par contre, il faut laisser à l’auteure le fait que lorsqu’elle décrit des scènes de bout en bout, elles deviennent impressionnantes : que ce soit les moments avec les poussins, le chaton sur le toit-terrasse ou l’événement final, c’était dérangeant, oppressant, génial au final… Je m’attendais à ce que la totalité du livre soit ainsi mais non.

Du coup, c’est malheureusement une déception pour cette lecture, certes poétique par moment, mais nébuleuse la majorité du temps.

Challenge - Coupe des 4 maisonsChallenge Coupe des 4 maisons :
7ème année : Cho Chang – un livre où le héros est asiatique – 60 points

Un heureux événement – Éliette Abécassis

Titre: Un heureux événement
Auteur: Éliette Abécassis
Éditeur: Albin Michel
Nombre de pages: 222
Quatrième de couverture” Désormais ma vie ne m’appartenait plus. Je n’étais plus qu’un creux, un vide, un néant. Désormais, j’étais mère. ” E. A.
Violent, sincère, impudique, le nouveau roman d’Éliette Abécassis brise les tabous sur la maternité, cet ” heureux événement ” qui n’est peut-être qu’une idéologie fabriquée de toutes pièces.

J’ai lu ce livre pour mon challenge Coupe des 4 maisons afin qu’il cadre avec l’item éphémère Molly Weasley. J’hésitais entre plusieurs lectures mais j’ai opté pour celui-ci parce que les critiques le considéraient comme un roman noir sur la maternité. Il faut bien avouer qu’il n’est pas particulièrement gai.

Personnellement, je ne l’ai pas trouvé sombre mais particulièrement réaliste et il n’en est que plus intéressant pour cela. On vit dans une société où, en effet, on a construit tout un mythe sur le bonheur d’être parents sans jamais parler de ce qu’on y perd, ni même du prix à payer, puisque tout a toujours un prix. Et à force de faire passer des vessies pour des lanternes, on se se sent complètement désœuvré lorsqu’on se retrouve face à tous les sentiments contradictoires ressentis tout au long de notre parcours de mère en devenir.
Alors bien sûr qu’on est heureuse d’être enceinte si l’enfant est voulu mais soyons réaliste, quand on nous l’annonce dans un premier temps (surtout si cela vient plus tôt que nos prévisions le laissaient espérer), c’est la fin du monde, on réalise qu’on vient de perdre notre liberté et de s’attacher un parasite qui grandit dans notre ventre puis passera ses premiers mois coller à notre sein, ne nous laissant pas respirer sauf pour faire caca et là, ça devient un p**ain de sac-à-caca qui fait jusqu’à trois fois par jour.
Chacun a son vécu personnel avec la grossesse puis le rôle de mère qui en découle mais il n’empêche que certains voire beaucoup parviennent à se leurrer plus facilement que d’autres, autres qui de toute façon n’en parlent pas parce que ne pas aimer inconditionnellement son enfant, devoir apprendre à aimer ce truc qui surgit dans notre vie de couple, concilier la vie amoureuse qui est mise en suspens quelques mois et essayer désespérément de ne pas se perdre dans son rôle si prenant de parents, avoir du mal à accepter de ne plus être un individu mais un esclave des désirs de ces petit d’hommes, c’est être cruel, égoïste et surtout une mère indigne à la limite du monstre – eh ben non, c’est être humain et c’est un peu ça le thème de ce roman (je suis probablement plus crue dans mes paroles qu’ l’auteure, hein !).
Et ça fait un bien fou de pouvoir lire ce ressenti – le seul bémol en ce qui me concerne est que la culpabilité qu’on ressent dans ces cas-là n’est que très vaguement évoquée dans un heureux événement alors que c’est quand même le sentiment qui nous met le plus à mal dans une telle situation.

Je suis bien consciente que c’est un roman que j’aurais détesté lire avant d’être enceinte. Par contre, il m’aurait été nécessaire une fois engrossée rien que pour avoir la sensation de ne pas me sentir seule face à ces sentiments contradictoires (amour / haine – besoin d’être seule / besoin d’avoir son enfant avec soi – soulagement quand on le laisse en garde / culpabilité face à ce soulagement – envie d’être seulement femme / envie de n’être que mère – désir d’être belle et désirable / désir d’être à l’aise rimant avec sapée comme un sac, etc.), et moins coupables, lorsque ça arrive parce que quand on réalise que ça ne va pas, on ne le dit pas, on le cache comme un vilain secret honteux – pas étonnant qu’il y ait tant de dépression chez les jeunes mères…
Bref, j’ai beaucoup aimé cette lecture, j’aurais sûrement adoré si certains points n’étaient pas un peu trop répétés à mon goût, ça alourdissait un peu le récit. Et je ne peux que le conseiller aux futurs parents, ça peut être un bon guide pour comprendre l’autre mais surtout pour se sentir plus léger quand tout ne se passe pas comme ça devrait, enfin, c’est ce qu’on nous fait croire.

Challenge - Coupe des 4 maisonsChallenge Coupe des 4 maisons :
Item éphémère (entre le 28 mai et le 4 juin) : MOLLY WEASLEY – un livre où l’héroïne est une maman (femme enceinte y compris) – 225 points