En territoire ennemi – Carole Lobel

Titre : En territoire ennemi
Auteur : Carole Lobel
Éditeur : L’association
Nombre de pages : 224
Quatrième de couverture : Alors qu’elle est encore adolescente, Carole prend ses distances avec sa famille catholique et ses valeurs traditionnelles. Solitaire et repliée sur elle-même, elle entre à l’école des beaux-arts de Nantes où peu à peu, elle reprend confiance en elle. C’est alors qu’elle rencontre Stéphane. Stéphane est beau, plein d’assurance, et surtout, il s’intéresse à elle. Carole tombe sous le charme et s’investit dans cette relation. Mais rapidement, elle se retrouve isolée, coupée des autres et du monde, à mesure que Stéphane, embrigadé par des discours masculinistes trouvés sur internet, se transforme…Porté par un dessin minimaliste et expressif, En territoire ennemi expose avec justesse les mécanismes qui mènent progressivement à l’isolement pour Carole et à l’extrême droite pour Stéphane. Un récit poignant, brutal et courageux sur la domination masculine sous ses formes les plus insidieuses et radicales.

Je ne savais pas à quoi m’attendre avec cette BD. Je savais juste que le thème principal était la relation toxique dans laquelle l’heroïne, Carole, s’est fourvoyée.

On découvre son cheminement : ses vacances chez ses grands-parents où son papi lui racontait son vécu lors de la seconde guerre mondiale, ses relations avec sa mère fervente catholique pour qui l’avortement est un crime, etc.
Elle grandit, part à la fac des beaux-arts de Nantes où elle rencontre Stéphane. Ils vivent une histoire d’amour, avec déjà quelques dissonances surtout au niveau sexuel, et elle finit par s’installer avec lui. La situation se dégrade progressivement : Stéphane enchaîne les échecs et les réflexions désagréables style si Carole réussit, ce n’est pas parce qu’elle est douée, mais uniquement parce que c’est une femme. Il finit par ne plus rien foutre et vivre aux crochets de notre héroïne qui parvient à se faire embaucher dans un studio de jeux vidéo sur Paris.
Elle rentre cependant tous les week-end pour retrouver un Stéphane de plus en plus morose et désagréable, misogyne, complotiste, négationiste… il trouve un écho formidable à ses stupides réflexions sur internet. Quand il sent Carole s’éloigner, il finit par la piéger.

C’est une bande-dessinée dont le thème est particulièrement contemporain. Ces derniers mois, j’ai beaucoup vu défiler sur les réseaux sociaux des vidéos démontant les propos de personnes qui sont le portrait craché de Stéphane.
Au début, les dessins m’ont un peu rebutée. Ils ne sont pas beaux, pourtant, ils ont une force incroyable. Je me suis prise à ne plus pouvoir m’arrêter, à espérer que Carole s’en sorte, à attendre qu’elle se libère du boulet avec qui elle est enferrée…

L’histoire est loin d’être gaie… on ne tombe pas dans le pathos, mais c’est davantage une vérité froide et clinique de son vécu. Le constat glacial qu’étant lié à lui de par ses enfants, elle ne sera jamais débarrassé de lui et que son venin s’est transmis.

J’ai adoré cette lecture, la manière dont c’est raconté, tout en me sentant terriblement déprimée parce que finalement, ça fait écho à ce que vive beaucoup de femmes actuellement et franchement, ça me fait peur pour ma fille, mes nièces ou les enfants de mes ami(e)s.